Ceci est le texte de la prise de parole non-binaire à l'ExisTransInter 2019, le 19 octobre. Vous pouvez trouver la version vidéo ici. Nous avons également distribué environ 1 000 de nos tracts version ExisTransInter 2019 et entonné quelques slogans, tels que le fameux "non-binaire, pas imaginaire" ou encore "parents trans mais pas transparents" et "L'enbyphobie, on n'en veut pas, la transphobie, on n'en veut pas, l'intersexophobie, on n'en veut pas".

" Bonjour à toustes,

je prends la parole pour Ædelphes Caen et Ædelphes Rennes, associations de personnes trans non-binaires, ainsi que le CNB, Collectif Non-Binaire.

Rappelons tout d’abord ce qu’est la non-binarité : c’est une identité de genre ni exclusivement homme, ni exclusivement femme, qui concerne 2 à 4% de la population d’après les estimations et qui est aujourd’hui reconnue par divers organismes tels que l’ONU.

Il s’agit de la deuxième prise de parole non-binaire à l’Existrans inter. L’année dernière nous avons réaffirmé la place des personnes non-binaires au sein des espaces trans, notamment à l’Existrans inter. En effet, Les personnes non-binaires n’ont pas un vécu très éloigné de celui des hommes et des femmes trans. Comme elleux, nous avons subi l’assignation d’un genre qui ne nous correspond pas à la naissance. Nous avons été forcé.es à incarner un rôle social qui ne nous convient pas. A performer un genre qui n’est pas le notre. Comme vous, beaucoup d'entre nous ressentons le besoin d’une transition sociale et/ou médicale et ne sommes pas étrangèx aux souffrances liées à la dysphorie de genre. Notre coming-out n’est pas plus simple que celui des autres personnes trans ; notre identité est souvent mal perçue et mal comprise. Il entraîne fréquemment le rejet de l’entourage. Nous sommes, tout comme vous, des personnes trans. Nous subissons d’ailleurs la transphobie au quotidien, comme vous, avec toute la violence qu’elle contient et toutes les conséquences qu’elle peut avoir.

Nous vivons également une transphobie spécifique, l’enbyphobie. Elle repose sur le fait que nos genres ne sont reconnus, ni par la société, ni par les médias, ni par la loi. La grammaire binaire est un langage qui ne peut pas parler de nous. Nous sommes donc sans cesse invisibilisé.e.s, quand ce n’est pas notre existence même qui est niée.

Une étude de 2015 du National Center for Transgender Equality montre toute la gravité de l’enbyphobie. Près de la moitié des personnes non-binaires souffrent d’une grave détresse psychologique et 39 % ont fait au moins une tentative de suicide dans leur vie. L’enbyphobie tue.

Il n’est donc plus temps de débattre de nous. C’est d’autant plus le cas dans le climat politique actuel. L’exclusion totale des personnes trans de la PMA et l’effacement des personnes intersexes de la loi de bioéthique montre à quel point la société nous méprise.

Nous serons également discriminées par la forme de la nouvelle loi PMA.

Ainsi, un homme trans ou une personne non-binaire ayant un état civil masculin n’aura pas accès à la PMA. De même, une femme trans ou une personne non-binaire ayant  un état civil féminin ne pourra pas faire don de sperme à une compagne cisgenre, ni être reconnue comme parent biologique de son propre enfant ! C’est évidemment scandaleux et parfaitement absurde !

Depuis 2016, les personnes transgenres n’ont plus besoin d’être stérilisées pour changer d’état civil en France. Avec une telle loi, le message est très clair. En effet, les personnes trans sont ici mises face à un mur. Deux « choix » s’offrent à nous : repousser notre transition pour avoir des enfants, en mettant en danger notre bien être et notre santé, ou transitionner et renoncer à leur désir d’enfant. On ne nous stérilise plus, mais c’est tout comme.

Bref, la société nous méprise. Et cette réalité est encore plus vraie pour les plus oppressé-e-s d'entre nous : les travailleur.euses du sexe, les exilé.es, les personnes transféminines, racisées, handicapées, neuroatypiques. Face à cette réalité, nous n'avons qu'une solution : nous réunir, nous soutenir, reprendre le contrôle de nos existences, et contre-attaquer. Nous avons de la force. Nous pouvons nous en donner. Nous pouvons nous organiser pour aider celleux qui en ont besoin. Nous pouvons organiser des événements comme celui ci, reprendre la rue. Ce monde nous rejette trop pour que nous nous déchirions entre nous. Nous ne pouvons plus tolérer le racisme latent dans nos milieux, le validisme, la grossophobie. Nous ne pouvons plus mettre de côté nos adelphes car als ne sont pas assez trans pour nous, car als ne font pas de transition médicale, car als utilisent des pronoms neutres, sont non-binaires ou pas assez normé-e-s. Nous voulons toustes la fin de ce monde, de cette société oppressive qui nous tue. Unissons-nous ! "

Une photo du cortège non-binaire avec la banderole "mon genre est non-binaire" aux couleurs du drapeau non-binaire (jaune, blanc, violet, noir).