Ceci est le texte et la vidéo de la toute première prise de parole non-binaire à l'occasion de l'Existrans (maintenant ExisTransInter) en octobre 2018 ! Elle a été co-écrite avec nos camarades de l'association Ædelphes Caen - c'est le porte parole d'Ædelphes Caen qui a mis en voix ce texte. Cette prise de parole a été très importante car elle a marqué un tournant dans le militantisme non-binaire en affirmant haut et fort notre légitimé à participer à la marche pour les droits des personnes trans et intersexes !

Discours de notre porte-parole pour l'Existrans, en collaboration avec le Collectif Non-Binaire, soutenu par Ædelphes Rennes.

Posted by Ædelphes Caen on Wednesday, October 17, 2018
Vidéo de la prise de parole non-binaire faite par le porte parole d'Ædelphes Caen en collaboration avec le CNB

"Bonjour à toustes,


Je prends aujourd’hui la parole au nom d’Aedelphes, association de personnes transgenres non binaires, en collaboration avec le collectif non binaire. Je sais que je m’exprime dans un contexte compliqué. Je sais que beaucoup se questionnent sur notre place et notre légitimité en tant que personne trans. C’est pourquoi nous avons souhaité prendre la parole cette année, en espérant porter un message unificateur.
Tout d’abord, la non binarité, qu’est ce que c’est ? C’est une identité de genre qui n’est ni exclusivement homme, ni exclusivement femme. Selon les études, on estime de 2 à 4 % la prévalence de personnes non binaires dans la population. Elle est aujourd’hui reconnue par divers organismes, comme l’ONU.


Les personnes non-binaires n’ont pas un vécu très éloigné de celui des hommes et des femmes trans. Comme elleux, nous avons subi l’assignation d’un genre qui ne nous correspond pas à la naissance. Nous avons été forcé.es à incarner un rôle social qui ne nous convient pas. A performer un genre qui n’est pas le notre. Comme vous, beaucoup d'entre nous ressentons le besoin d’une transition sociale et/ou médicale et ne sommes pas étrangèx aux souffrances liées à la dysphorie de genre. Notre coming-out n’est pas plus simple que celui des autres personnes transgenres, notre identité étant souvent mal perçue et mal comprise. Il entraîne souvent le rejet social, mais aussi celui de l’entourage. Nous sommes, tout comme vous, des personnes transgenres. Nous subissons d’ailleurs la transphobie au quotidien, comme vous, avec toute la violence qu’elle contient et toutes les conséquences qu’elle peut avoir.
Nous vivons également une transphobie spécifique, l’enbyphobie, qui repose sur le fait que nos genres ne sont reconnus, ni par la société, ni par les médias, ni par la loi. La grammaire binaire est un langage qui ne peut parler de nous. Nous sommes donc sans cesse invisibilisé.e.s, quand ce n’est pas notre existence même qui est niée.
Une étude de 2015 du National Center for Transgender Equality montre toute la gravité de l’enbyphobie. Près de la moitié des personnes non-binaires souffrent d’une grave détresse psychologique et 39 % ont fait au moins une tentative de suicide dans leur vie. L’enbyphobie tue.


Il n’est donc plus temps de tergiverser ou de débattre. Il est urgent, il est vital d’inclure les personnes non-binaires dans les revendications trans. Il m’est totalement insoutenable de constater qu’une enbyphobie parfois violente règne au sein même des milieux trans. Comment est-il possible de nous rejeter au titre que nous ne serions pas légitimes dans la communauté trans ? De s’en prendre à nous là où tous nos efforts devraient être dirigés contre le cistème qui nous broit ? Comment est-il possible d’affirmer que la non-binarité n’a aucune réalité et que les personnes non-binaires ne souffrent d’aucune discrimination, alors que la transphobie nous tue ?! Comment est-il possible qu’aujourd’hui encore, dans une communauté qui est supposée soutenir et protéger les personnes discriminées, on puisse entendre des menaces et des appels à la violence à l’encontre du cortège et des personnes non-binaires ?!


Nous ne sommes pas vos ennemi.es, au contraire, soyons toustes uni-e-s contre le cis-tem, qui nous assigne, nous rejette et nous tue !


C’est la première fois aujourd’hui qu’il y a une prise de parole non-binaire dans ce rassemblement de lutte. Et nos revendications ne sont pas seulement les nôtres, ce sont les vôtres aussi. Ce sont celles de toustes celleux qui subissent encore et encore l’injustice et la violence d’un Etat et d’une société transphobe.


Il est donc temps de nous tenir ensemble, uni.e.s et inébranlables, pour exiger la fin de toutes ces discriminations. Je n’aurais pas le temps de les reprendre toutes, mais nous soutenons évidemment la suppression de la mention de sexe à l’état civil, le changement de prénom libre et gratuit sur simple demande. Nous demandons l’arrêt immédiat et total des mutilations génitales sur les enfants intersexes. Nous nous opposons à toutes les politiques racistes, qui ont été renforcées par la loi asile et immigration. Nous nous opposons à la pénalisation de la prostitution, qui expose nos camarade travailleuxe du sexe et les précarisent. Nous demandons également la dépsychiatrisation des parcours de transition médicale, accompagnée de la formation globale des professionnel.les de santé, pour un parcours libre, respectueux, basé sur les souhaits de transition de chacunx et l'autodétermination.


Nous ne pourrons gagner sans être uni.es dans nos différences, sans prendre en compte la diversité de tous nos vécus trans. Nous devons avant tout faire front contre la transphobie.


Merci."

Le cortège non-binaire à l'Existrans 2018 avec la banderole "mon genre est non-binaire".